Un journaliste libre, c'est quoi?  
C’est d’abord un journaliste. Ethique professionnelle chevillée au corps, il doit faire preuve d’exigence, d’honnêteté intellectuelle, de bonnes capacités de communication, et savoir résister aux pressions qui peuvent s’exercer sur lui, de la part des rédactions comme des milieux sur lesquels il enquête. Vous avez décidé de pratiquer ce métier en libre ? La bonne nouvelle, c’est que vous n’aurez pas de patron sur vos talons. La mauvaise, c’est que vous n’aurez pas de revenu régulier.

Le Libre est un journaliste qui n’est pas intégré à une rédaction (une partie minoritaire de ses collaborations peut toutefois y être soumise). Presque tout le reste en découle: le Libre investit lui-même dans son outil de production (informatique, locaux, appareils de photo, etc.) et souvent dans la production elle-même (documentation, voyages). Le salarié, employé par une rédaction, est payé lorsqu’il lit la presse quotidienne (mise à sa disposition par son employeur), participe à une séance de rédaction, discute avec son rédacteur en chef, effectue des recherches préalables pour vérifier si un sujet tient la route. Pour le Libre, ces frais et ce temps passent sous la rubrique «investissement». Autrement dit, il assume le risque économique de son activité.

En contrepartie, l’exercice du métier offre la possibilité de le vivre au plus près de ses envies et de ses convictions, notamment dans le choix des sujets et le temps qui leur est consacré. Attention toutefois aux doux rêveurs: cette marge de manœuvre doit s’accommoder des contraintes du marché qui s’offre à eux. Les Libres ne dépendent pas d’un seul rédacteur en chef mais d’un réseau d’acheteurs potentiels, à entretenir pour leur permettre de varier les genres et les thèmes. Ils organisent eux-mêmes leur emploi du temps et ceux qui en acceptent le prix sentiront plus souvent l’air du large, même si la liberté consiste aussi à travailler soirs et week-ends sans compensation.

Bref, exercer ce métier en libre demande un caractère bien trempé, de la créativité, une solide faculté d’adaptation, la capacité de travailler seul mais en cultivant une grande sociabilité, le tout en gérant sa petite entreprise sans toujours savoir de quoi le lendemain sera fait.

La profession de journaliste est encore très ouverte en Suisse, comme dans de nombreux pays. Certains cursus universitaires (en Suisse romande : Fribourg, Genève, Neuchâtel) préparent à l’exercice du métier, mais il est théoriquement possible de s’y lancer sans autre bagage qu’une bonne dose de courage et d’obstination. C’est notamment le cas pour les personnes entrant dans la profession en tant que journalistes libres.

Il y a autant de manières de fonctionner que de journalistes libres. Toutes les configurations sont possibles entre la profession libérale et une pratique qui tombe entièrement dans le champ de la convention collective de travail, y compris avec une part de collaboration salariée.

Mais quel que soit le système adopté, le journaliste libre doit pouvoir déduire tous ses frais généraux de sa déclaration d’impôts. Il doit aussi veiller à payer sa part d’AVS et de prévoyance professionnelle. Il est donc fondamental qu’il connaisse les mécanismes qui régissent ces différents statuts. D’une part, parce que la loi l’y oblige. D’autre part, parce que sa survie économique en dépend.



Libre, indépendant, collaborateur extérieur?
Ce n’est pas une querelle de mots car chacun entraîne des implications différentes. En principe, tout journaliste qui n’est pas intégré à une rédaction est un Libre. A l’intérieur de cette catégorie, on distinguera l’indépendant et le collaborateur extérieur. Le premier travaille sur le modèle d’une profession libérale. Il paie lui-même son AVS et organise sa prévoyance professionnelle. C’est un entrepreneur qui fixe ses prix et n’est pas concerné par la convention collective. Une partie de la production d’un journaliste libre peut entrer dans cette catégorie. Le collaborateur extérieur, de son côté, œuvre sous le régime de la convention collective, avec un statut qui se rapproche du contrat de travail (même oral). L’employeur paie la part patronale des assurances sociales.

Dans les deux cas, le journaliste assume ses frais généraux et, le plus souvent, le risque économique de son activité.

ATTENTION : de nombreuses rédactions, y compris parmi celles qui ont signé la convention collective, tentent de contourner leurs obligations en inventant des statuts de stagiaires ou de collaborateurs libres sous-payés. En cas de doute, adressez-vous au secrétariat d’impressum ou au groupe des journalistes libres.

Le mot du juriste
Quel contrat pour les journalistes libres?

L’intitulé du contrat n’est pas forcément déterminant : ce qui compte ce sont les éléments qui feront de lui un contrat de travail ou autre chose. Pour être en présence d’un contrat de travail au sens du CO il faut que le collaborateur s’engage, pour une durée déterminée ou indéterminée, à travailler au service de l’employeur et celui-ci à payer un salaire selon le temps ou le travail fourni (art. 319 CO). La forme du contrat n’est pas déterminante non plus puisqu’un contrat de travail (ou un autre contrat) peut parfaitement être conclu par oral. Un contrat écrit est cela dit toujours utile en tant que preuve. A noter qu’un contrat écrit est obligatoire selon la CCT pour les collaborations payées au fixe mensuel ou par numéro.

Dans le cas du journaliste libre, la qualification du contrat n’est guère aisée. A priori ceux qui travaillent dans le cadre de la CCT (et d’autant plus s’ils sont au bénéfice du statut de «collaborateur régulier») devraient être considérés comme partie à un contrat de travail, compte tenu des critères de définition traditionnels de ce dernier et notamment l’élément de durée pour les réguliers. C’est à tout le moins ce qui ressort d’un arrêt du Tribunal fédéral qui tranche sous l’angle des assurances sociales.

Pour les autres, on peut éventuellement tomber dans le contrat de mandat, le contrat d’édition, le contrat d’entreprise ou encore un contrat innommé, voire sui generis (qui ne rentre dans aucune catégorie claire respectivement soumis à des règles spécifiques). Les distinctions ont naturellement beaucoup d’importance en pratique dans la mesure où le contrat de travail offre des protections (p.ex. contre les congés, contre les congés abusifs, en cas de maladie etc.) que d’autres n’offrent pas. Le libre, qui cumule le plus souvent différents types de collaborations, aura des statuts différents. Au moindre doute, consultez un juriste d’impressum
 
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